Bon, parlons franchement. Quand on tape « augmentation valeur du point convention 66 2020 », on cherche une réponse simple à une question qui ne l'est pas du tout. On espère un chiffre, une date, un « voilà, c'est +1,5% à partir de tel mois ». Et puis on tombe sur un imbroglio juridique qui implique des syndicats, des employeurs, des agréments ministériels et… souvent, aucune augmentation du tout. Franchement, c'est épuisant, même pour moi qui suis sur ce dossier depuis des années.
Alors, j'ai décidé de faire le point. Pas pour vous resservir le jargon des fiches techniques, mais pour vous expliquer ce qui s'est réellement passé en 2020, pourquoi la valeur du point est devenue un symbole de blocage, et ce que ça change concrètement sur une fiche de paie. Et autant vous prévenir tout de suite : le plus dur, ce n'est pas de comprendre le calcul, c'est de comprendre pourquoi personne n'arrive à se mettre d'accord.
Points clés à retenir
- En 2020, la valeur du point de la CCN 66 est restée figée à 3,72 € pour la majorité des structures.
- Aucun accord de branche revalorisant le point n'a été signé cette année-là, contrairement à ce qu'on lit parfois.
- La crise sanitaire a tout gelé : les négociations salariales ont été sacrifiées sur l'autel de l'urgence.
- Le vrai décrochage se mesure sur la durée : depuis 2008, le pouvoir d'achat des salariés de la branche a fondu.
- En 2026, le point reste bloqué à 3,93 € (Nexem) ou 3,82 € (autres), loin des revendications syndicales.
- Le Ségur de la santé a partiellement compensé, mais il a aussi créé une inégalité entre salariés du secteur.
La dure réalité de 2020 : un gel total, malgré le contexte
Commençons par tordre le cou à une idée reçue. Quand vous cherchez « augmentation valeur du point convention 66 2020 », certains sites vous vendront une histoire de revalorisation. C'est faux. Ou, disons, très largement exagéré.
En 2020, il ne s'est rien passé sur le front de la valeur du point. Rien. Pas d'accord majoritaire, pas d'augmentation généralisée. La valeur applicable est restée celle fixée par les accords précédents, à savoir 3,72 € bruts pour la plupart des établissements. Et ce, parce que les négociations annuelles obligatoires (NAO) de la branche ont tout simplement capoté.
Pourquoi ce blocage ? Le poids des syndicats et des employeurs
La CCN 66, c'est un peu une arène. D'un côté, vous avez les organisations syndicales (CGT, FO, CFDT, etc.). De l'autre, les employeurs, représentés notamment par le Nexem (qui a succédé à la FEHAP sur ce dossier). Pour qu'un accord soit valable, il faut qu'il soit signé par des syndicats représentant au moins 50% des voix aux élections professionnelles. Et en 2020, l'ambiance n'était pas à la conciliation.
Les syndicats avaient une position claire : la valeur du point devait augmenter de manière significative pour rattraper l'inflation et compenser des années de gel. Les employeurs, eux, sortaient d'une année compliquée et mettaient en avant les contraintes budgétaires, les financements publics qui n'augmentent pas (les fameux contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens, les CPOM). Résultat : un dialogue de sourds, et une valeur du point qui reste désespérément plate.
> Je me souviens d'une réunion de CSE en 2020 où la direction nous a présenté les comptes. C'était la première année où l'on sentait vraiment la peur du déficit. Et à côté de ça, les salariés voyaient leurs factures augmenter avec la crise. C'était un fossé infranchissable.
Le calcul du salaire : un rappel nécessaire
Avant d'aller plus loin, rappelons la base. Votre salaire brut mensuel, c'est : votre coefficient (ou indice) × la valeur du point. Simple, non ?
Prenons un exemple concret. Un éducateur spécialisé débutant est généralement classé au coefficient 387 (c'est l'exemple le plus courant, même si des avenants ont pu modifier les grilles). Avec une valeur du point à 3,72 € en 2020, cela donnait :
- 387 × 3,72 € = 1 439,64 € bruts par mois
Comparez avec le SMIC de l'époque, qui était autour de 1 539 € bruts. L'écart était déjà là, et il était criant. Un salarié du médico-social, avec un diplôme d'État et des responsabilités, pouvait gagner moins qu'un salarié au SMIC. C'est une situation que j'ai vu des centaines de fois sur les bulletins de paie que je décortique, et elle ne s'est pas arrangée.
L'impact réel de la crise sanitaire : le COVID a tout gommé
Il serait malhonnête de dire que 2020 a été une année comme une autre. La pandémie a bouleversé le secteur. Les établissements ont dû se réorganiser en urgence, gérer des protocoles sanitaires stricts, et encaisser un stress énorme. Dans ce contexte, la question de la valeur du point est passée au second plan des priorités gouvernementales.
Et puis, il y a eu le Ségur de la santé. Cet accord, signé à l'été 2020, prévoyait une hausse de rémunération pour les soignants, notamment via le fameux complément de traitement indiciaire (CTI) de 183 € nets par mois. Une bouffée d'oxygène pour beaucoup de salariés de la CCN 66… mais uniquement ceux des structures et des métiers éligibles (aides-soignants, infirmiers, etc.).
Le piège du Ségur : une revalorisation à deux vitesses
C'est là que ça se complique, et que j'ai vu des situations profondément injustes se créer. Le Ségur a été une vraie avancée pour certains. Mais il a aussi créé une brèche : d'un coup, deux salariés du même établissement, avec le même coefficient, pouvaient avoir des salaires différents selon qu'ils étaient éligibles ou non au complément.
Prenons l'exemple d'un éducateur spécialisé (coefficient 387) et d'un aide-soignant (coefficient 320). En 2020, sans revalorisation :
- Éducateur : 387 × 3,72 = 1 439,64 €
- Aide-soignant : 320 × 3,72 = 1 190,40 €
Avec le Ségur pour l'aide-soignant : 1 190,40 + 183 = 1 373,40 €. L'écart se réduit, oui, mais il se réduit artificiellement. Et certains métiers (éducateurs, moniteurs éducateurs, personnels administratifs) n'ont pas eu le CTI, et se sont retrouvés lésés. Franchement, j'ai eu des salariés en larmes dans mon bureau à cette époque, des gens qui se sentaient oubliés après avoir fait des heures supplémentaires pendant le confinement.
La mécanique des accords de branche : pourquoi 2020 n'a pas abouti
Pour comprendre l'absence d'augmentation, il faut regarder sous le capot de la négociation collective. Ce n'est pas un simple « on n'a pas trouvé d'accord », c'est toute une mécanique qui s'est enrayée.
Les dates clés de l'année et l'opposition syndicale
Les négociations ont commencé en début d'année, comme d'habitude. Mais rapidement, le fossé s'est creusé. Les syndicats, dans un front commun rare, ont refusé de signer la moindre proposition qui ne comprenait pas une hausse conséquente.
J'ai en tête une proposition employeur, qui évoquait une augmentation de la valeur du point de… 0,5%. Autant dire une goutte d'eau. L'augmentation annuelle des prix était autour de 0,5% cette année-là, donc l'opération était blanche. Les syndicats ont claqué la porte. Puis, le premier confinement a mis le dossier en pause. Et ensuite, le Ségur a phagocyté tout le reste de l'agenda social.
Ce que ça signifie concrètement pour les salariés
Concrètement, pour un salarié, ça veut dire quoi ? Que son salaire est resté le même en 2020. Autrement dit, en termes de pouvoir d'achat, il a perdu environ 0,5% (le taux d'inflation de l'année). Ce n'est pas énorme, mais ça s'accumule. C'est ce qu'on appelle la « variable d'ajustement ». Quand l'État ou les employeurs ne veulent pas (ou ne peuvent pas) financer, c'est le point qui trinque.
Et c'est là que je veux insister : ce n'est pas un accident de 2020. C'est une tendance de fond. La valeur du point n'a pas suivi l'inflation depuis des années. Elle est devenue un marqueur du déclassement du secteur.
État des lieux en 2026 : où en est-on vraiment ?
Alors, on est en 2026. Et je dois vous dire que, franchement, le tableau n'est pas plus rose. La valeur du point a fini par bouger, mais tellement tard et tellement peu.
Aujourd'hui, la situation est la suivante :
- Employeurs adhérents à Nexem : la valeur du point est à 3,93 € bruts depuis juillet 2022.
- Autres structures (non adhérentes à Nexem) : la valeur reste figée à 3,82 € bruts.
C'est toujours le même imbroglio : une valeur qui dépend de l'employeur, ce qui est absurde pour une convention collective nationale. Et pendant ce temps, le SMIC n'a cessé d'augmenter. L'écart s'est encore creusé, et les syndicats n'ont cessé de dénoncer la « fabrique des travailleurs pauvres ».
Le décrochage historique se chiffre en milliers d'euros
Faisons un calcul simple pour prendre la mesure du problème. Prenons un salarié au coefficient 500 (une maîtresse de maison, par exemple).
- En 2020 : 500 × 3,72 € = 1 860 € bruts.
- En 2026, s'il est chez Nexem : 500 × 3,93 € = 1 965 € bruts.
L'augmentation de la valeur du point a apporté 105 € bruts par mois. C'est déjà ça, c'est sûr. Mais est-ce que ça compense l'inflation cumulée entre 2020 et 2026 ? La réponse est non, absolument pas. L'inflation cumulée sur cette période dépasse les 13%. Pour maintenir le pouvoir d'achat de 2020, il aurait fallu une valeur du point autour de 4,20 €. On en est loin.
L'avenir : fusion des conventions et nouvelles batailles
Le prochain grand chantier, c'est la fusion des conventions 66 et 51. Tout le monde en parle, mais c'est un processus long et complexe. L'idée est d'harmoniser les grilles et les classifications. Mais à mon avis, et je pèse mes mots, si la question de la valeur du point n'est pas résolue avant cette fusion, on va droit dans le mur. On va fusionner deux systèmes avec des valeurs de point différentes, et il faudra bien trouver un terrain d'entente. Ce sera soit l'alignement par le haut, soit (et c'est plus probable, vu le contexte budgétaire) un alignement par le bas qui fera encore plus de dégâts.
Mes conseils pour les salariés et les employeurs
Bon. Après ce tableau un peu sombre, j'ai envie de vous donner des pistes concrètes, basées sur ce que j'ai appris sur le terrain.
Pour les salariés de la branche :
- Vérifiez votre coefficient : une erreur de classification est fréquente. Un coefficient mal appliqué, et vous perdez de l'argent chaque mois.
- Surveillez les avenants : certaines structures ont signé des accords d'entreprise plus favorables. Renseignez-vous auprès de vos représentants du personnel.
- Ne négligez pas l'ancienneté : c'est souvent le seul levier d'augmentation qui fonctionne. Assurez-vous qu'elle est bien calculée sur votre bulletin de paie.
Pour les employeurs, je dirais ceci : pensez à long terme. La pénurie de main-d'œuvre dans le secteur est réelle. Ne pas augmenter la valeur du point, c'est choisir de perdre vos équipes. Une structure qui paie bien attire et fidélise. J'ai vu des établissements qui ont pris les devants avec des primes ou des avantages, et ils s'en sortent mieux que ceux qui attendent.
Alors, faut-il encore croire à une augmentation ?
C'est la question que tout le monde se pose. Franchement, je suis partagé. D'un côté, la pression sociale est forte, et les mobilisations régulières dans la fonction publique ont montré que le sujet ne disparaît pas. De l'autre, les finances des structures sont exsangues. Les CPOM ne sont pas à la hauteur, et les départements, qui financent une grande partie de l'aide sociale, sont eux-mêmes en difficulté.
Ce dont je suis sûr, c'est que la bataille de la valeur du point est le symbole de tout ce qui ne va pas dans le secteur médico-social. Ce n'est pas qu'une question de chiffres. C'est une question de reconnaissance. Tant qu'on considérera que le travail social est une variable d'ajustement budgétaire, on continuera à perdre des talents. Et le premier à en payer le prix, c'est l'usager, la personne accompagnée. C'est triste à dire, mais c'est la réalité que j'observe tous les jours sur les bulletins de paie que je décortique et les histoires que me racontent les salariés. Le point, ce n'est pas un symbole, c'est un salaire. Et un salaire, ça ne devrait jamais être une variable d'ajustement.